Texte réalisé dans le cadre de l'exposition Dos contre dos, un duo show d'Adam Bilardi et Tom Chatenet, organisé par Bonded Project, juin 26

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La peinture est un bon prétexte. Elle l’a sans doute été pour Adam Bilardi et Tom Chatenet, lorsque, à peine sorti de l’adolescence, ils décidèrent de se réunir pour créer un groupe d’artistes dont leur amitié actuelle constitue l’un des principaux témoignages. Ce groupe était alors probablement un moyen pour s’allier, travailler et se retrouver moins seul face à l’art, à son monde, ses codes et ses impacts.

La peinture est un bon prétexte. C’est à dire qu’elle “orne” autant qu’elle “voile”. L’exposition Dos contre dos s’amuse de ces différentes tactiques pour mieux révéler les raisons qui poussent Adam Bilardi et Tom Chatenet à peindre. Et ainsi reliés, c’est toutes les tensions inhérentes à leurs œuvres ainsi que les découvertes (formelles et idéelles) qui s’y logent, qui ressortent en pleine puissance. 

Pour cette exposition Adam Bilardi expose des peintures qui représentent des sujets récurrents de son œuvre, des chiens, des paysages, des hommes, le tout, dans des ambiances lumineuses et chromatiques qui supposent un moment de bascule durant lequel le soleil peut disparaître, la lune émerger, les rapports de domination s’inverser et les vannes du désirs s'ouvrir. Chez Adam Bilardi, les personnages - hommes et chiens - sont les avatars de sa vie, les incarnations symboliques de ses peurs, ses doutes et ses fantames. Mais depuis toujours, il les a tenu à bonne distance et jamais n’avait essayé de les réunir au sein d’une même composition. Ce n’est seulement qu’en 2025, qu’humains et canidés se retrouvent côte à côte, se font fasse ou tentent de se retenir. Dans des atmosphères marécageuses, patience et actions s’associent, pour donner naissance à des scènes ambivalentes dans lesquelles l’artiste semble avoir déposé des traces ténus d’émotions mêlées telles que la jalousie, la frustration, la lassitude ou l’excitation. Pour déceler cela, les titres des peintures, oscillant entre note personnelle, sms et proverbe, nous livrent de précieux indices sur les tonalités sentimentales de ces travaux. Ici, les peintures de l’artiste “ornent” autant qu’elles “voilent”, c'est-à-dire qu’elles nous offrent des espaces de projections pour nos pensées et notre imaginaire autant qu’elles verrouillent et renferment envieusement leur sens véritable.

Le nouvel ensemble d'œuvres que Tom Chatenet a décidé de montrer dans le cadre de ce dialogue avec Adam Bilardi repose sur une nouvelle étude d’un objet usuel. Après la paire de ciseaux, le peintre s’est engagé dans une ritournelle visuelle où le motif de la chaise subit un tas de transformations afin de laisser éclore toute la vélocité et l’agilité de sa peinture. Ici, la chaise, dans sa banalité, devient le support de recherches et d’expériences plastiques et graphiques qui témoignent de la liberté avec laquelle Tom Chatenet entreprend la réalisation d’un tableau. En effet, le peintre n’a que faire du réalisme, du véritable, reconnaissable. L’attachement à cet objet lui permet avant tout de déterminer des espaces sur la surface choisie (papier ou toile) afin d’y agencer lignes et couleurs, vides et pleins, motifs et textures. Cet attachement à un motif si connu, essoré et basique permet de pactiser avec le regardeur, de lui garantir que si, bien sûr, il aura de quoi se rattraper. Mais ce pacte est bien mensonger lorsque l’on réalise, une fois face aux œuvres, que s’emparer de l’image de la chaise pour Tom Chatenet n’est en réalité qu’une méthode, une règle pour faire peinture. Faire peinture cela signifie en pétrir les matériaux et s’engager physiquement dans leur transformation puis observer l'œuvre gonfler avant de la déguster. Ici, les peintures de l’artiste “ornent” autant qu’elles “voilent”, c'est-à-dire qu’elles s’attachent à un motif identifié et à ses répétitions pour mieux le détourner et donner naissance à des compositions originales, puissantes et dont le caractère improbable procure un réel sentiment de joie.

Ainsi, cette exposition, orchestrée par Mathilde Matteucci est un prétexte en elle-même . Car en choisissant comme point de départ du projet les liens d’amitié qui unissent les deux artistes, elle met en avant une raison lisible et compréhensibles par toutes et tous, pour mieux laisser apparaître les choix et les doutes qui régissent œuvres et vies. L’exposition montre ainsi la manière dont les œuvres se nourrissent de leurs différences et ambivalences une fois exposées côte-à-côté, face à face ou bien dos contre dos. Cette hypothèse semble d’autre plus efficiente lorsque l’on sait qu’un prétexte définit également le sujet ou bien encore le modèle dont un artiste s’inspire. Tel Adam avec Tom et Tom avec Adam. 

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